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« L’Amérique je veux l’avoir… ma...

« L’Amérique je veux l’avoir… mais je ne l’aurai pas ! »

A 25 ans, le vauclusien Sylvain André vient d’être sacré, pour la première fois de sa carrière, champion du monde de BMX. Une victoire à Bakou, en Azerbaïdjan, qui récompense son travail et ses prises de risques. Il revient avec nous sur cette course, tout en nous éclairant sur son parcours et sa discipline.

 

Après avoir signé ta plus belle saison en 2017, tu viens de remporter les championnats du monde de BMX à Bakou. Peut-on en savoir davantage sur toi..

Je suis originaire du sud où il y a de nombreux clubs et lieux d’entraînements. En 1998, alors que j’avais 6 ans, un pote de mon père m’a initié au BMX… depuis, je ne suis jamais redescendu de vélo. J’ai commencé les compétitions étant gamin car, dès le plus jeune âge, des courses sont organisées aux niveaux national et international. Vers 14-15 ans, j’ai commencé à avoir des résultats avant de devenir champion du monde junior en 2010, d’enchaîner les podiums puis d’intégrer l’équipe de France… et ce jusqu’à être sacré champion du monde il y a quelques jours.

 

Cette victoire, devant l’emblématique Joris Daudet, marque-t-elle un aboutissement ? Que va-t-elle changer ?

Cette consécration change pas mal de choses… sportivement déjà, il n’y a rien de plus haut, c’est le Graal pour un athlète. D’autant plus qu’à Bakou, il s’agissait vraiment d’une belle course. Si parfois, certains coureurs remportent la compétition grâce à un accrochage ou une chute, ce n’était pas le cas ici. J’avais beaucoup bossé, ce qui a payé : je suis allé plus vite que Joris et j’ai gagné. Cependant, même si je suis très heureux d’avoir été sacré champion du monde, je ne peux pas dire que la boucle est bouclée, il me reste encore plein de courses à remporter. Quant aux sponsors, j’ai déjà connu de grands changements la saison dernière suite à mes quatre podiums en Coupe du monde… alors que, 18 mois plus tôt, je n’en avais jamais fait un seul ! Depuis 2017 donc, je suis davantage connu mais il est clair que ce nouveau titre va accroître ma notoriété auprès de potentiels partenaires.

 

© Craig Dutton

Même si le grand public connaît plus ou moins le BMX, cette discipline reste assez peu médiatisée. Arrives-tu à vivre de ton sport ?

A l’image de quatre ou cinq coureurs de mon niveau, j’ai la chance de vivre pleinement de ma passion grâce aux sponsors et à un contrat récemment signé avec l’Armée de terre, je fais partie d’un bataillon de sportifs de haut niveau. Je n’ai vraiment pas à me plaindre car peu de gens ont la chance d’être payés pour faire du BMX à longueur de journée.

 

Un certain nombre de riders partent aux Etats-Unis. Les conditions y sont meilleures pour vous ?

Depuis une vingtaine d’années, c’est vrai que beaucoup de pros s’expatrient aux Etats-Unis. Même si notre sport n’est pas plus médiatisé qu’en France, c’est un pays culturellement intéressant dans la mesure où la discipline y est née. Outre cet aspect, le championnat nord-américain reste, aujourd’hui, le plus relevé au monde. J’avoue que partir là-bas a été un objectif pour moi aussi… mais depuis qu’ils ont fortement baissé les gains, c’est beaucoup moins attractif financièrement. A moins de remporter plusieurs courses et d’avoir de gros sponsors, pas besoin d’avoir fait maths sup’ pour comprendre que ce n’est vraiment pas viable. L’Amérique je veux l’avoir… mais je ne l’aurai pas ! (rires)

 

En ce qui te concerne, tu vis et t’entraines dans le Vaucluse…

Ici, je peux faire pas mal de pistes et compléter ma préparation physique avec des heures de musculation. J’ai également accès aux pistes du pôle France. Mais il est aussi important de voyager pour s’essayer à d’autres terrains. C’est aussi une des raisons pour lesquelles, chaque hiver, je participe aux courses californiennes… tout en profitant des paysages, c’est le moyen idéal de s’aguerrir pour les compétitions importantes.

 

 

Lorsque l’on assiste à une course de BMX, on voit vous défiler à une vitesse de dingue et réaliser des sauts impressionnants… comment gères-tu le risque inhérent à ta discipline ?

Au niveau de la sécurité, les règles sont très rigoureuses : si le casque intégral, les manches et pantalons longs sont obligatoires, certains s’équipent, en outre, de protections aux coudes et aux genoux. Malgré ces précautions, des accidents arrivent… le vice champion olympique est, par exemple, devenu paraplégique à la suite d’une chute. Néanmoins, il faut relativiser. En plaçant 8 mecs à vélo, roulant à 60 km/h sur une piste de 8 mètres de large, et qui veulent tous arriver premier, ce n’est pas étonnant que l’on se blesse parfois. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, les accidents graves restent rares.

 

Le BMX figure dans la liste des disciplines olympiques depuis 2008. Qu’est-ce que cela apporte à ta discipline et quels sont tes objectifs pour les Jeux de 2020 ?

Bien qu’aucun homme français n’ait encore remporté de médaille aux Jeux, le fait que les médias présentent le BMX comme un sport olympique fait son effet… et je ne peux que m’en réjouir ! Personnellement, je n’ai jamais pu y participer, étant blessé en 2016. Pour 2020, je reste donc prudent… deux saisons doivent encore passer et il suffit d’un accident ou d’un coup de mou pour ne pas concourir. Mais, même si pour l’instant j’essaye de prendre les saisons comme elles viennent, j’aimerais vraiment me qualifier et aller chercher une médaille à Tokyo. Car on sait tous que la quatrième place n’a aucune valeur aux yeux des journalistes, et ce, même si le troisième gagne à quelques millièmes de secondes. Quand tu fais un podium, c’est autre chose. Et quand tu obtiens l’or, c’est encore mieux… un rêve qui ne me paraît, aujourd’hui, pas si irréalisable que cela !

 

Publié le 19 juin 2018