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« Pratiquée dans les règles, l’escalade d’un mur n’est pas plus dangereuse que les roulades à la gym »

© C. Loury – Planetgrimpe

Sport de plus en plus populaire, l’escalade recoupe trois disciplines que sont la vitesse, le bloc et la difficulté. C’est cette dernière, qui impose de monter le plus haut possible sur des murs de 15 mètres de haut dans un temps limité de six à huit minutes, que pratique Romain Desgranges. Membre de l’équipe nationale et quintuple champion de France, il a remporté, à 35 ans, le classement général de la coupe du monde l’année dernière. Rencontre.

 

Romain Desgranges, tu es aujourd’hui une figure incontournable de l’escalade de difficulté. Parle-nous de ton parcours…

J’ai commencé l’escalade au collège. L’avantage avec le sport scolaire, c’est que l’on goûte rapidement aux compétitions… ce qui m’a tout de suite plu ! Je me suis alors inscrit en club avant de poursuivre en sport étude au lycée. Petit à petit, j’ai grimpé de plus en plus jusqu’à ne faire que ça et devenir pro.

 

Qu’est-ce qui te séduit tant dans ce sport ?

Tout me plaît dans l’escalade. C’est un sport très complet, varié et nouveau chaque jour. Selon ta forme et ton état d’esprit du moment, grimper est différent. C’est vraiment cet aspect-là que je recherche en bas de chaque voie.

 

Malgré les possibilités qu’elle offre, l’escalade est souvent vue comme une discipline dangereuse…

Évidemment, elle apparaît comme un sport à risques dans la mesure où l’on en parle seulement quand il y a des morts. En réalité, en salle, c’est totalement sécurisé et il n’y a aucun danger. Et, si la pratique extérieure reste tout de même moins sûre à cause d’un aléa naturel non négligeable, il est rare qu’un accident survienne si les grimpeurs respectent les règles de sécurité. Pratiquée dans les règles, l’escalade d’un mur n’est pas plus dangereuse que les roulades à la gym… et il y a bien plus de noyés en mer que de morts sur le rocher !

 

@ Sytsevanslooten

En 20 ans dans le monde de la grimpe, on imagine que tu as été témoin de ses évolutions. Je pense notamment à la multiplication des nouveaux mouvements dynamiques tels que les run’n’jumps, les jetés, etc. S’agit-il d’un moyen de démocratiser l’escalade en la rendant accessible à un nouveau type de sportif et à un plus large public ?

Notre sport a effectivement connu de nombreux changements. N’étant pas tout jeune, ma grimpe est davantage adaptée à un vieux style… je cherche avant tout les petites préhensions et les sections de résistance. Mais, aujourd’hui, on retrouve plutôt le contraire ! Les mouvements se diversifient, laissant place à de grosses prises et à un style plus dynamique. Cela fait partie des règles du jeu auxquelles je dois m’adapter en tant que compétiteur, bien qu’elles génèrent de bonnes comme de mauvaises choses. Je m’explique. Ces nouveautés poussent à une médiatisation plus importante de la discipline, ce que les grimpeurs ont longtemps recherché. Cependant, si je ne doute pas que l’escalade évoluera jusqu’à trouver un certain équilibre, j’ai le sentiment que le côté  »spectacle » l’emporte de plus en plus sur l’aspect sportif. En regardant les athlètes passer une majorité de sections sans les pieds, on a l’impression, en exagérant, de voir du cirque ou de la gym… et de s’éloigner un peu de la prestation sportive.

 

Tu évoques la médiatisation de l’escalade. En ce sens, les Jeux de Tokyo seront un bon moyen de faire connaître la discipline au grand public, l’escalade faisant partie des nouveaux sports à l’affiche…

Les grimpeurs se plaignaient qu’on ne s’intéresse qu’au foot et au rugby, sans les mettre en avant. Ce sera chose faite avec les Jeux Olympiques… maintenant, il n’appartient qu’à nous de montrer que l’escalade est un beau sport, doté d’athlètes talentueux.

 

© Jo Ker

A l’heure actuelle, peux-tu vivre de ta passion ?

En tant que pro, j’ai la chance de pouvoir vivre de l’escalade. Même si j’ai choisi de travailler à côté pour garder les pieds sur terre et bénéficier d’une sécurité en cas de blessure, je me débrouille à 99% grâce à mes sponsors et partenaires.

 

On sait que la carrière d’un sportif de haut niveau ne dure pas indéfiniment… toi, à mesure que le temps passe, tu sembles toujours meilleur : champion d’Europe en 2017, vainqueur de la coupe du monde la même année… tu auras 38 ans lors des prochains Jeux, on te retrouvera là-bas ?

Je ne sais pas encore si je participerai aux Jeux Olympiques puisqu’il s’agira d’une épreuve combinée. Cela signifie qu’il faudra concourir – et être bon! – en bloc, en vitesse et en difficulté. Pour l’instant, je ne me suis jamais exercé que pour la difficulté… ma participation à Tokyo inclurait donc une modification de mes entraînements afin d’être performant dans les trois disciplines. L’autre facteur déterminant reste mon âge… à 35 ans, cela devient plus difficile de prévoir une carrière, dans le haut niveau, sur la durée. Je suis contraint de fonctionner à court terme et, pour l’instant, mes efforts se concentrent sur les championnats du monde qui auront lieu en Autriche en septembre. Après, on verra…

 

Justement, comment imagines-tu ton avenir après le haut niveau ? Une nouvelle vie dans la BD suite à la publication récente de So high ?

En collaboration avec Flore Beaudelin, je viens, en effet, de publier la bande dessinée So high qui fait suite au film du même nom, réalisé il y a trois ans. L’éditeur Guérin a été conquis par l’idée de dessiner cette aventure qui retraçait mon trip sur les blocs californiens… et a même choisi d’élargir le projet en mettant en image toute ma vie de grimpeur, de ma première voie jusqu’au plus haut niveau mondial. Le livre est sorti la semaine dernière et, pour l’instant, nous avons de bons retours. Cela me conforte dans l’idée, qu’après une carrière dans le haut niveau, de nombreuses perspectives s’offrent à toi. C’est ce qui est particulièrement intéressant avec l’escalade… même quand ton parcours pro se termine, tu peux continuer à grimper tout en t’impliquant dans des voyages, des films, des photos ou des livres. En travaillant, je suis devenu l’un des meilleurs grimpeurs mondiaux… avec cette persévérance, je devrais réussir à réaliser de nouveaux projets.

 

Publié le 5 juillet 2018