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« On a commencé pour se marrer avec des bâtons en ...

« On a commencé pour se marrer avec des bâtons en bambou »

© Caro Paulette

Magazine de sport alternatif, Yellow ne pouvait que s’intéresser à une discipline qui l’est également : le bike polo. Un condensé de polo traditionnel et de cyclisme à la mode urbaine, du bitume, de l’adrénaline, ses propres règles. Décryptage avec Paul Vergnaud, double champion du monde.

 

Né au 19e siècle en Irlande, le bike polo a été réinventé à Seattle à la fin des années 90. Ses origines ne sont pas sans rappeler celles du fixie…

La discipline, telle qu’elle est aujourd’hui, est en effet apparue aux Etats-Unis pour arriver en Europe il y a une dizaine d’années, à Londres puis à Paris. Des coursiers ont lancé une déclinaison du polo traditionnel, pratiqué à cheval, et commencé à jouer pour le fun en vélo sur gazon, puis sur bitume. Historiquement les cultures du fixie (cf. yellow#1) et du bike polo ont les mêmes origines, sont issues des mêmes communautés, encore aujourd’hui liées même si on ne joue plus avec des pignons fixes, mais avec des vélos à roulement libre.

 

© Caro Paulette

Quelles sont les règles du bike polo ? Comment évoluent-elles face à la structuration récente de la discipline au niveau mondial ?

Le bike polo se pratique sur un espace de jeu de 20 mètres sur 40, l’équivalent d’un terrain de tennis, et oppose deux équipes de 3 joueurs. L’objectif étant de mettre la balle dans le but opposé. Deux règles historiques régissent notre sport : l’interdiction de poser le pied à terre, sinon le joueur doit aller taper l’une des deux croix placées à chaque extrémité du terrain ; et l’obligation de marquer avec l’une des deux extrémités de la tête du maillet. Quand j’ai commencé le bike polo, il n’y avait pas d’arbitre, on s’autorégulait. Et les règles étaient respectées. Aujourd’hui, du fait de la multiplication des règles liées à la structuration de la discipline et à la croissance du niveau de jeu, 3 arbitres sont sur le terrain. La dimension physique a changé, avant on pouvait aller au contact de chaque joueur, désormais on ne peut toucher que celui qui a la balle. Il y avait parfois des débordements, mais je regrette ces changements car le jeu est mois fluide… mais cela devrait se stabiliser.

On doit être environ 500 joueurs en France et 15 000 dans le monde, à savoir en Europe, aux Etats-Unis, en Australie, en Asie et en Amérique du Sud où le bike polo se popularise depuis quelques années. Le développement de notre sport est lié au bon vouloir des villes de nous accorder des terrains. A Paris c’est compliqué, d’autres villes comme Montpellier sont plus à l’écoute. Derrière le « do it yourself », toujours présent dans notre univers, le bike polo s’est organisé en association loi de 1901, notamment pour obtenir plus facilement des terrains. On s’est rapproché de la Fédération Française de Cyclisme, mais nous n’avons pas souhaité nous affilier pour garder notre autonomie.

 

Vous utilisez du matériel spécifique ? Je pense aux vélos notamment…

Oui les vélos sont spécifiques à la discipline. Ils sont plus compacts qu’un vélo classique, plus nerveux, avec une vitesse et des freins à disque. Des marques spécialisées, comme Riding Circle, naissent partout dans le monde. Et certaines innovations, utilisées dans d’autres disciplines, sont issues du bike polo. Je pense notamment aux protections des disques de freins reprises dans le monde du VTT. Les maillets ont également évolués, quand j’ai démarré on les faisait nous-mêmes avec des bâtons de ski et des tubes piqués sur les chantiers, aujourd’hui ils sont en alu donc beaucoup plus légers et solides. Le casque est, par ailleurs, obligatoire et beaucoup d’entre nous ajoutent des coudières et genouillères.

 

© Caro Paulette

Une des particularités de ta discipline est qu’elle soit mixte…

Les équipes peuvent être mixtes… ou non. Il n’y a aucune obligation, on peut d’ailleurs rencontrer des équipes 100% féminines. C’est comme ça depuis la naissance de ce sport. Mais les Etats-Unis tendent vers l’intégration quasi systématique d’une joueuse dans chaque équipe… je trouve ça vraiment dommage, même si c’est sûrement dû à des différences culturelles. En France, on veut garder cette simplicité, ne pas rendre obligatoire la mixité des équipes et laisser cela se faire naturellement.

 

6 fois champions de France, 4 titres européens et 2 mondiaux… comment est née ta passion pour le bike polo ? Des sponsors t’accompagnent dans le financement de ta saison ?

On évoquait le monde commun entre le fixie et le bike polo, c’est la même histoire pour moi. Avant de m’installer à Paris, j’habitais à Toulouse. Avec des potes, adeptes du pignon fixe, on a commencé le bike polo pour se marrer, place de l’Europe, avec des bâtons en bambou… je n’ai jamais arrêté depuis ! On a d’ailleurs organisé à Toulouse l’un des premiers tournois en France. On s’est vite rendu compte que les passionnés de ce sport étaient nombreux. Les premiers championnats de France ont été organisés, puis les championnats d’Europe et mondiaux… mon équipe est aujourd’hui la plus titrée au monde ! On a quelques sponsors, parfois des mécènes pour le championnat du monde et je suis notamment ambassadeur de Baume & Mercier. On ne vit pas du bike polo, mais on a la chance d’être une des très rares équipes à pouvoir pratiquer notre passion avec un soutien financier…

 

Publié le 12 juillet 2018