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LE FIXIE DÉPOUSSIÈRE LE VÉLO À PAPA

LE FIXIE DÉPOUSSIÈRE LE VÉLO À PAPA

2008, New York, arrondissement de Brooklyn. Le soir de son anniversaire, David Trimble, qui gravite dans l’univers de la course automobile, organise une course de fixie dans les rues de son quartier du Red Hook. Une trentaine de ses amis s’affrontent sur plusieurs tours d’un circuit urbain. Le Red Hook Crit est né !

Une journée qui marque la genèse des critériums dédiés aux fixielovers aux Etats-Unis et en Europe, l’apogée d’un mouvement hipster initié par les coursiers new-yorkais au début des années 1990. « C’est une discipline issue de la culture street où règne une atmosphère fun et rock’n roll… moi qui suis plutôt casse-cou, je me régale ! » dixit Loïc Chetout, coureur professionnel de la Team Cofidis.

Décryptage d’une discipline qui dépoussière le vélo à papa !

Utilisé par les coureurs du Tour de France au siècle dernier, le vélo à pignon fixe a progressivement été abandonné au profit des vélos de route traditionnels…. beaucoup moins décourageants quand on s’attaque au mont Ventoux ! Seuls les pistards l’ont conservé. L’absence de roue libre contraint de pédaler continuellement ce qui leur permet d’être maître de la cadence. Il faut attendre les années 1990 pour retrouver les fixies dans les rues de New York. Lassés de se faire voler leur vélo, les coursiers de Manhattan décident de les dépouiller au maximum en se débarrassant des freins, des boîtiers de vitesses et des feux de roues. Leur mécanisme minimaliste les rend plus fiables, leur poids les rend plus maniables. Esthétiques, robustes et rapides, ils apparaissent comme un mode de transport idéal dans des villes surchargées. De nombreux coursiers parisiens ont également plébiscité le vélo à pignon fixe avant de le remplacer par des motos et scooters… puis de revenir à leurs premières amours.

Aujourd’hui, le fixe symbolise un mode de vie à part entière, le moyen pour toute une génération d’évoluer dans un environnement connecté et durable, le signe d’appartenance à une communauté jeune, branchée, indépendante et sensible aux enjeux environnementaux. Des collectifs empreints de liberté se sont développés dans la plupart des grandes villes des Etats-Unis et d’Europe autour de cette philosophie commune. « L’état d’esprit est complètement différent du vélo de route classique, très cool, vintage et communautariste. Il y a une solidarité et un lien naturel entre les adeptes du fixe » explique Caro Paulette, photographe et pionnière de la communauté parisienne. « C’est un vélo simple et pur qui procure une vraie adrénaline… nombreux sont celles et ceux qui en tombent amoureux ». Moyen de déplacement urbain écologique et économique, le fixe s’est également imposé comme une discipline spectaculaire qui souffle un vent de renouveau dans l’univers du cyclisme traditionnel malheureusement souillé, il faut bien l’avouer, par de nombreuses affaires de dopage et autres tricheries depuis plusieurs décennies. Mais bon, rien ne remplacera jamais le Tour de France, non ?

La première édition du Red Hook Crit a donc eu lieu en 2008 dans le quartier de Brooklyn qui a donné son nom à l’événement. Une série de courses urbaines non autorisées à l’époque entre routards, pistards et coursiers, dont l’histoire s’est construite par le goût de l’effort et du risque de ses participants. Pleinement ancrée dans l’esprit originel du vélo, l’épreuve s’est agrandie d’année en année et attire aujourd’hui des milliers de passionnés. Milan en 2010, Barcelone en 2013, Londres en 2015…

Découvrez la suite dans Yellow #1

Photos © Caro Paulette


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