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LE HANDISPORT, LEVIER D’INCLUSION DU HANDICA...

LE HANDISPORT, LEVIER D’INCLUSION DU HANDICAP

« En France, moins de 2% des personnes en situation de handicap ont une licence sportive. En Chine, qui n’est pourtant pas une référence en matière de droits de l’homme, c’est 25% ! ». Ce constat préoccupant que dresse Philippe Croizon laisse perplexe quant à la place du handicap dans le monde du sport et plus globalement dans la société.

Les personnes en situation de handicap ont-elles aujourd’hui les moyens de faire du sport dans de bonnes conditions ? Comment s’entraînent et pratiquent leur passion au quotidien les sportifs de haut niveau ? La loi Handicap de 2005 et la médiatisation des Jeux Paralympiques ont-elles contribué à améliorer l’accessibilité et la mobilité ?

Analyse avec Philippe Croizon, insatiable aventurier, David Smétanine, nageur multiple médaillé aux Jeux Paralympiques, et Gérard Masson, ancien Président de la Fédération Française de Handisport.

Philippe Dakarpress

Neurochirurgien allemand exilé en Angleterre en 1939, Sir Ludwig Guttmann est considéré comme le père du handisport. Mandaté en 1944 par le gouvernement britannique pour fonder le National Spinal Injuries Centre (Centre National des blessés de la moelle épinière) à Stoke Mandeville près de Londres, il comprit rapidement que la pratique sportive s’avérait essentielle, parallèlement aux soins médicaux, dans le processus de réhabilitation psychologique et sociale des patients paraplégiques et tétraplégiques. Il fut ainsi un pionnier dans l’élaboration et l’utilisation de thérapies basées sur le sport… avec à la clé des résultats inespérés pour l’époque. Il s’engagea dès lors dans l’adaptation des pratiques et des règles et dans la démocratisation du handisport. Avec en point d’orgue l’organisation des premiers Jeux Paralympiques à Rome en 1960, les Jeux d’hiver apparaissant en 1976 à Örnsköldsvik en Suède. Depuis cette date symbolique dans l’histoire du sport, les Jeux Paralympiques se tiennent la même année que les Jeux Olympiques et sont organisés sur les mêmes sites depuis les Jeux d’été de Séoul en 1988 et les Jeux d’hiver d’Albertville en 1992.

Sir Ludwig Guttmann a donc compris avant ses pairs le rôle social du sport. « J’ai végété pendant 10 ans après mon accident, le sport m’a permis de m’ouvrir aux autres » assure Philippe Croizon. « C’est par le sport que l’on commence à se reconstruire » confirme Gérard Masson. « La Fédération Française de Handisport poursuit une mission sociétale, sa vocation est d’aller chercher les mômes chez eux pour construire du lien social. Le sport structure ces mômes, ils ont la possibilité d’être enfin eux-mêmes. Un enfant paraplégique à la piscine, par exemple, est autonome, il n’a plus besoin de qui que ce soit pour l’aider… quand vous voyez le bonheur dans ses yeux, vous avez tout compris ! La structuration et la construction de la citoyenneté passent par le sport ! » Cependant, les personnes en situation de handicap ont elles aujourd’hui les moyens de faire du sport dans de bonnes conditions ? A en croire Philippe, la réponse est sans équivoque. « En France, moins de 2% des personnes en situation de handicap ont une licence sportive. En Chine, qui n’est pourtant pas une référence en matière de droits de l’homme, c’est 25% ! Rien n’est adapté pour permettre aux personnes en situation de handicap de pouvoir pratiquer une discipline sportive ». Au-delà des contraintes liées aux coûts du matériel, à l’adaptation des installations sportives ou à l’accompagnement des personnes, Philippe dénonce les peurs qui entourent le monde du handicap. « Les clubs de valides n’osent pas s’ouvrir aux autres, ce n’est pas dans notre culture. S’il appartient également aux personnes en situation de handicap d’aller vers les valides, il y a encore en France un certain misérabilisme et une vision négative du handicap ». Des difficultés auxquelles sont également confrontés les sportifs de haut niveau…

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Photos © Grégory Picout, Dakar Press et Florent Pervillé


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