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« Sentir son corps planer est un sentiment fabuleu...

« Sentir son corps planer est un sentiment fabuleux »

 

Elle est l’une des meilleures spécialistes au monde du vol en wingsuit, la première à avoir sauté du sommet du Cervin en 2014. Et contrairement aux idées reçues, la suissesse Géraldine Fasnacht  n’est pas une tête brulée… bien au contraire. Rencontre.

 

Avant de parler wingsuit, un mot sur ta carrière dans le snowboard freeride…

J’ai appris à skier à deux ans, je marchais à peine. En Suisse, c’est quelque chose de normal. J’aimais ça, mais sans être accro. Le déclic a été la découverte du snowboard… tracer des lignes sur des pentes vierges, comme un surfeur en quête de la vague parfaite, est incroyable ! Le snowboard m’a fait entrer dans une nouvelle dimension en termes de sensations. Envie de découvrir et d’apprendre la montagne. A 15 ans, j’ai ridé pour la première fois la face nord du Bec des Rosses où se déroule l’Xtreme de Verbier, une pente mythique dans le monde du freeride de 800 m de dénivelé avec des passages à 55%. Lorsque j’ai été invitée à y participer pour la 1ère fois, j’ai quitté mon job à l’aéroport de Genève pour m’installer à Verbier afin de m’entraîner et être à la hauteur pour cette compétition. J’ai remporté l’épreuve pour la première fois en 2002, à 21 ans. Puis tout s’est enchainé et j’ai eu mes premiers sponsors afin de pouvoir me consacrer à 100% au snowboard freeride.

 

En parallèle, tu es devenue accro au base jump et au wingsuit…

Une amie m’avait conseillé de faire un saut en parachute, elle savait que j’allais adorer… elle ne s’était pas trompée ! Mon premier saut en tandem a été un grand moment. J’ai débuté le base jump en 2001. Il m’a fallu deux années d’apprentissage du parachutisme et plus de 300 sauts pour être à l’aise. Je l’ai fait pour moi, parce que j’adorais ça, sans en parler notamment à mes sponsors qui ne voulaient pas que je me blesse et que je rate une compétition en snowboard. Mon premier saut en wingsuit s’est fait d’un avion. Je me suis lancé d’une falaise en wingsuit après plus de 500 sauts en parachutisme. Le snowboard et la wingsuit sont des disciplines complémentaires, des disciplines artistiques. Je me considère comme une artiste, je m’inspire des courbes de la montage et des lumières pour tracer ma ligne.

 

 

La wingsuit est le nirvana en termes de sensations, le summum dans cette quête d’adrénaline ?

Oui, sentir son corps planer est un sentiment fabuleux ! Lors de mon premier vol en wingsuit, en Norvège, j’ai ressenti une sensation de pureté, je planais comme un oiseau, c’était juste incroyable… j’en ai oublié de voler en direction de l’aérodrome et j’ai atterri à 3 kilomètres de l’endroit où je devais me poser. Voler en wingsuit, c’est comme rider une pente de poudreuse dans des conditions exceptionnelles, j’en tremble de bonheur. C’est hyper grisant, un sentiment de faire corps avec l’élément, la liberté absolue.

 

Quand on se lance d’une falaise, la moindre erreur de pilotage peut-être fatale… comment gères-tu le risque inhérent à cette discipline ?

Le risque est plus simple à gérer qu’en freeride. Tu peux être un super rider ou un excellent guide, pour autant tu ne peux pas tout maîtriser sur les dangers d’avalanche. En wingsuit, les dangers sont plus facile à gérer. Les accidents sont souvent dus à une mauvaise préparation, trop d’assurance ou peu d’expérience. Les médias montrent les accidents, les gens s’imaginent que l’on est un peu fou, mais de nombreuses erreurs auraient pu être évitées. La wingsuit est de plus en plus facile à utiliser donc beaucoup de gens brûlent les étapes… la première fois ça passe, pas la seconde. Toute l’expérience emmagasinée depuis 20 ans, notamment depuis que je suis également pilote d’avion, me permet d’ouvrir des voies et de mieux gérer les dangers. Quand on se lance, il faut toujours avoir une longueur d’avance, connaître sa ligne parfaitement et toujours garder de la vitesse… la vitesse est un gage de sécurité en wingsuit.

 

© Bertrand Delapierre

Comment la wingsuit est amenée à évoluer ?

Le matériel va devenir de plus en plus performant, offrir notamment plus de finesse dans le vol. On travaille aussi sur le développement de différents modèles de wingsuit, des modèles de freestyle permettant de voler sur le dos, des modèles spécifiques pour la montagne, d’autres pour gagner en vitesse… quoi qu’il en soit, la base restera toujours le pilote.

 

Et tu as un spot favori ?

Je vis au milieu de la Mecque du freeride et de la wingsuit, ici, à Verbier. Il y a des montagnes et des falaises, des paysages magnifiques, des montagnes partout à rider en hiver… j’ai choisi de m’installer ici pour vivre mes passions au quotidien !

 

Publié le 16 mars 2018